Le renforcement de la lutte contre la fraude

[wpseo_breadcrumb]
Un homme qui pianote sur un ordinateur portable

En 2024, le contrôle fiscal en France demeure un pilier stratégique de la politique publique, visant à préserver l’équité fiscale et à renforcer la souveraineté financière de l’État. La lutte contre l’évasion fiscale et la fraude mobilise des ressources accrues et s’appuie sur des technologies toujours plus avancées. L’administration fiscale a non seulement développé des moyens répressifs pour dissuader les fraudes, mais elle a aussi renforcé ses dispositifs préventifs.

Le cadre juridique, mis à jour et complété, ainsi que les nouveaux outils de recoupement des données et d’investigation, illustrent l’effort constant pour adapter les méthodes de contrôle aux nouvelles formes de fraudes. Cet article expose de manière synthétique les évolutions majeures du contrôle fiscal en 2024, en s’appuyant notamment sur les mesures contenues dans l’annexe à la dernière loi de finances.

Un renforcement stratégique des moyens de lutte

La lutte contre la fraude fiscale en 2024 repose sur une approche renforcée par des moyens technologiques et humains toujours plus sophistiqués. Le document annexé à la loi de finances pour 2024 met en exergue l’importance des nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle et le data-mining, qui jouent désormais un rôle clé dans le ciblage des opérations de contrôle. Dès 2022, plus de 50 % des contrôles fiscaux ont été programmés grâce à ces méthodes numériques, et cet objectif demeure inchangé en 2024.

Le « data lake » mis en place par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) intègre des données provenant de sources variées, qu’elles soient internes (déclarations fiscales) ou externes (plateformes numériques, réseaux sociaux). Cette capacité accrue de recoupement des informations permet d’améliorer l’efficacité des contrôles en identifiant rapidement les comportements à risque. Le développement d’outils d’analyse des données non structurées, tels que les textes et images publiés en ligne, permet également au fisc de détecter des fraudes d’un nouveau genre, souvent complexes et transfrontalières.

Parallèlement, la DGFiP a également amélioré ses processus de recouvrement. L’une des priorités de la lutte contre la fraude fiscale en 2024 est de garantir que les créances issues des redressements fiscaux soient effectivement recouvrées. Pour cela, une synergie renforcée entre les services de contrôle et les comptables publics a été mise en place, afin d’accélérer le recouvrement et de limiter les pertes fiscales. Cet effort est soutenu par des outils juridiques plus robustes, qui facilitent l’exécution rapide des créances fiscales.

La judiciarisation accrue des fraudes graves

Face à la sophistication croissante des fraudes, notamment en matière de fiscalité internationale et de montages fiscaux complexes, l’administration fiscale a renforcé son approche judiciaire. La loi relative à la lutte contre la fraude, adoptée en 2018, a permis d’élargir les prérogatives de l’administration en matière de sanctions.

En 2024, la transformation du Service d’Enquêtes Judiciaires des Finances (SEJF) en Office National Anti-Fraude (ONAF) marque une nouvelle étape dans cette stratégie répressive. L’objectif est clair pour le fisc : réprimer plus sévèrement les fraudes graves et intentionnelles en étroite collaboration avec l’autorité judiciaire.

L’unité judiciaire de la DGFiP s’appuie sur deux services spécialisés : la Brigade Nationale de Répression de la Délinquance Fiscale (BNRDF) et le Service Judiciaire d’Enquêtes Fiscales (SEJF). Ces deux entités, en première ligne de la lutte contre les fraudes organisées et transnationales, jouent un rôle central dans la détection et la répression des schémas d’évasion fiscale sophistiqués, souvent dissimulés derrière des structures offshore. Leur action s’inscrit dans une coopération renforcée avec les juridictions pénales, permettant l’application de sanctions judiciaires, allant des amendes jusqu’aux peines de prison.

Fraude internationale et coopération accrue

Le contrôle des fraudes fiscales internationales constitue un axe prioritaire du plan d’action 2024 de la DGFiP, et il en sera de même à l’avenir. Les schémas d’évasion fiscale transfrontaliers, impliquant des sociétés écrans et des structures offshore, ont fait l’objet d’une attention toute particulière. La coopération de la DGFIP avec les instances internationales, notamment l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) et l’Union Européenne (UE), a été renforcée.

Par ailleurs, les échanges automatiques d’informations entre administrations fiscales, mis en place progressivement avec les directives DAC (Directive Administrative Coopération), permettent désormais de mieux identifier les contribuables dissimulant des avoirs à l’étranger. En 2024, les efforts de l’administration se sont concentrés sur le renforcement des brigades spécialisées en matière de fiscalité internationale, ainsi que sur l’amélioration des méthodes de détection des montages fiscaux abusifs, notamment à travers les prix de transfert.

Ainsi les entreprises multinationales doivent, plus que jamais, être attentives dans leurs pratiques fiscales transfrontalières. Le recours à des montages complexes visant à réduire artificiellement la charge fiscale expose désormais les entreprises à des sanctions sévères, tant fiscales (avec des pénalités pouvant atteindre 80 %) que pénales.

La lutte contre la fraude à la TVA et les fraudes patrimoniales

La fraude à la TVA demeure un sujet de préoccupation majeur en 2024. Le document annexé à la loi de finances souligne le rôle essentiel du Groupe Opérationnel National Anti-Fraude (GONAF) en matière de TVA. Ce groupe coordonne les actions de lutte contre la fraude à la TVA à travers des enquêtes menées à l’échelle nationale et internationale. Le manque à gagner pour l’État, estimé à plusieurs milliards d’euros chaque année, justifie le renforcement des moyens d’enquête et de sanction dans ce domaine.

En parallèle, la DGFiP s’est également attachée à traquer les fraudes patrimoniales, souvent liées à des montages visant à dissimuler des actifs ou à réduire artificiellement les droits de succession. La mise en place des pôles de contrôle revenus/patrimoine (PCRP) au niveau départemental permet de mieux répondre à ces enjeux, mobilisant des équipes locales spécialisées dotées d’outils performants pour analyser ces situations fiscales spécifiques.

L’année 2024 marque un tournant décisif dans la lutte contre la fraude fiscale en France. Le renforcement des moyens technologiques, la coopération internationale accrue et la judiciarisation des fraudes graves forment un arsenal juridique et technique de plus en plus affûté. Le recours à l’intelligence artificielle et aux techniques de data-mining permet aujourd’hui à la DGFiP de détecter plus tôt et plus efficacement les fraudes, mais cela signifie également que les entreprises doivent s’adapter à ces nouvelles exigences.

Pour les entreprises, en particulier celles opérant à l’international, cette nouvelle donne impose une vigilance accrue en matière de conformité fiscale. Adopter des pratiques fiscales transparentes et se conformer aux règles de fiscalité internationale devient indispensable pour éviter les redressements fiscaux et les sanctions pénales.

Dans ce nouvel environnement, il est essentiel pour les dirigeants d’entreprise de s’entourer de conseils experts afin d’anticiper les contrôles fiscaux, corriger les erreurs éventuelles et se protéger des risques de redressement.

Portrait de Maître Ludovic Souchay
Écrit par Me Ludovic Souchay
Avocat fiscaliste et fondateur de Qualifisc
Me Ludovic Souchay est un ancien inspecteur des impôts.
Il allie une expertise fiscale approfondie à une approche pragmatique pour sécuriser les intérêts de ses clients en matière de fiscalité.
17 septembre 2024

Actualités

Articles qui pourraient également vous intéresser

Découvrez comment Qualifisc peut transformer votre fiscalité !

Pour discuter de vos besoins fiscaux et découvrir comment nous pouvons vous aider.